Hélène Gounou, « Yayi » de Deeman Radio : "l'argent de ton mari n'est pas à toi seule"

Hélène Gounou, « Yayi » de Deeman Radio : "l'argent de ton mari n'est pas à toi seule"
05 mars 2026
Partager sur :

À Deeman Radio, tout le monde l'appelle « Yayi ». En Baatonu, cela signifie « Maman ». Et si ce surnom lui colle à la peau depuis des années, c'est qu'Hélène incarne véritablement cette posture maternelle, au quotidien, dans chaque geste, chaque parole, chaque attention portée à ceux qui l'entourent.

Près de deux décennies au service de la voix communautaire

L'histoire d'Hélène Gounou avec Deeman Radio remonte à près de dix-huit ans. Titulaire d'un CAP en comptabilité obtenu à l'École Espoir Plus de Parakou, elle intègre la station comme caissière. Mais très vite, il apparaît que cette femme au tempérament calme et discret ne se laissera pas enfermer dans une seule case. Son collègue Abdou Baki Mama Zakari, journaliste à Deeman Radio, raconte qu'à force de côtoyer les journalistes de la rédaction, Hélène a tout simplement pris goût au métier. De la sympathie est née la vocation. Elle prend le micro, d'abord comme animatrice, puis comme présentatrice du journal en langue Baatonum, sa langue maternelle, qu'elle manie avec autant de précision que le Français.

Son collègue journaliste Bouko Tabe ne cache pas son admiration : pour lui, Hélène « incarne la rigueur, la persévérance et le sens du travail bien fait ». Et il ajoute qu'elle a su relever un défi que peu de personnes réussiraient à tenir avec autant d'aisance, concilier les responsabilités de la caisse avec celles du journalisme.

D'un côté, les chiffres, les rapports financiers, la rigueur comptable. De l'autre, l'antenne, la traduction instantanée des dépêches françaises en Baatonum, le contact direct avec les auditeurs. Deux univers que tout semble opposer, mais qu'elle a su réconcilier avec une constance remarquable et une attention particulière aux détails. Chez Hélène, le travail ne se fait jamais à moitié : il doit être bien fait, et cela se ressent dans tout ce qu'elle entreprend.

La spécialiste de l'information qui défie les clichés

Si Hélène Gounou force le respect de ses pairs, c'est aussi parce qu'elle a su s'imposer là où on ne l'attendait pas. Dans les rédactions africaines - et Deeman Radio n'y échappe pas - les sujets dits « sérieux » sont souvent confiés aux hommes. Les femmes héritent trop fréquemment des rubriques légères, des chroniques culturelles, des programmes de divertissement. Hélène a refusé cette assignation silencieuse.

Elle s'est bâtie, avec détermination et professionnalisme, une réputation de spécialiste de l'information africaine et internationale. Sur les ondes de Deeman Radio, elle présente « La Page Inter », une session d'information en Baatonum entièrement consacrée aux nouvelles internationales. Sur Deeman TV, entre 2022 et 2024, c'est encore elle qui décrypte les grandes questions du continent et porte les actualités mondiales à l'oreille des auditeurs de Parakou et de tout le Borgou. En parallèle, elle anime plusieurs émissions en français et en baatonou dans le cadre de contrats avec des partenaires de la radio. Loin des sentiers battus. Loin des cases dans lesquelles on veut souvent ranger les femmes de radio.

Un cœur qui ne calcule pas

Mais ce qui distingue profondément Hélène Gounou, ce qui fait qu'on ne parle pas simplement d'une professionnelle compétente, mais d'une figure humaine rare, c'est sa générosité sans mesure.

« Yayi » est celle qui écoute, même quand les plaintes sont lourdes et difficiles. Elle est celle qui plaide, inlassablement, pour un collègue en difficulté. Elle est celle qui demande toujours une deuxième chance pour les autres. Abdou Baki Mama Zakari, qui l'a découverte en 2018 en arrivant comme stagiaire à Deeman Radio, se souvient de ses premières heures : « Dès mes premiers pas, j'ai vu en elle une femme accueillante, déterminée, respectueuse et attentionnée. » Il n'oublie pas non plus qu'elle a œuvré personnellement pour le recrutement de plusieurs journalistes, dont lui-même. Quand il faut aider, Hélène n'attend pas. Sa main va directement à la poche, sans calcul, sans arrière-pensée. Dans un milieu professionnel où chacun porte ses propres fardeaux, cette spontanéité désarmante lui vaut un respect unanime.

Il y a aussi chez elle cette capacité précieuse à désamorcer les tensions. Son ton légèrement taquin, sa façon de glisser un mot qui fait sourire au milieu d'une atmosphère crispée, cette intelligence relationnelle qui ne s'apprend dans aucune école. En sa présence, les nœuds se défont. Les visages se détendent. On respire.

Lors des grandes célébrations organisées à Deeman Radio, Hélène prend les devants comme s'il s'agissait de son propre événement. Elle y engage ses ressources personnelles, mobilise son carnet d'adresses, coordonne, organise. La radio n'est pas seulement son lieu de travail. C'est sa maison.

La déléguée du peuple

Mais il ne faudrait pas se fier uniquement au cœur angélique. Hélène Gounou sait aussi taper du poing sur la table. Quand l'injustice frappe, quand un collègue est lésé, quand les droits ne sont pas respectés, la douceur de « Yayi » cède la place à une fermeté redoutable. Comme le note Abdou Baki, elle revendique avec courtoisie ce qui revient de droit à ses collègues, s'érigeant en véritable responsable syndicale dans le strict respect de la hiérarchie. La force sans la brutalité. La conviction sans l'agressivité.

C'est précisément cette combinaison, le cœur et le courage, la tendresse et la fermeté, qui lui a valu, dès 2014, d'être désignée déléguée du personnel de Deeman Radio. Un mandat qu'elle exerce sans interruption depuis plus de douze ans. Elle, la seule femme permanente, choisie par tous pour porter leurs voix, défendre leurs intérêts, servir d'interface entre le personnel et le Conseil d'Administration. Ce n'est pas un hasard. C'est la reconnaissance d'un parcours exemplaire de dévouement.

Dans ce rôle, comme le souligne Bouko Tabe, elle fait preuve d'un sens de l'écoute, d'impartialité et d'un dévouement constant, s'efforçant de défendre les intérêts de ses collègues tout en maintenant un climat de travail apaisé et respectueux. Elle fait ce qu'elle a toujours fait : écouter, médier, plaider. Mais désormais avec un mandat officiel qui donne encore plus de poids à une parole qui n'en manquait déjà pas.

« L'argent de ton mari n'est pas à toi seule »

Cette phrase, c'est l'une des citations favorites d'Hélène Gounou. À elle seule, elle résume une philosophie de vie. Dans un contexte social où la possession et l'accumulation deviennent parfois des sources de conflits familiaux dévastateurs, Hélène prône le partage. Elle incarne un détachement matériel qui impressionne et qui inspire.

Cette sagesse, cette capacité à voir au-delà des choses, lui confère un rôle que personne ne lui a officiellement attribué mais que tout le monde lui reconnaît : celui de coach matrimoniale. Collègues, voisines, amies, connaissances, et même des personnes plus âgées, plus expérimentées, parfois matériellement plus nanties qu'elle, viennent chercher auprès de « Yayi » un conseil, une oreille, une direction. Parce qu'on sait que sa parole vient du cœur et que son jugement n'est parasité par aucun intérêt personnel. On verra d'ailleurs, à travers le témoignage de son propre époux, à quel point cette philosophie du partage irrigue aussi sa vie familiale.

Une femme qui ne cesse d'apprendre

Ce qui frappe également chez Hélène Gounou, c'est sa soif d'apprentissage. Malgré ses dix-huit années d'expérience, elle continue de se former avec la curiosité d'une débutante. En 2019, elle participe à une formation sur l'égalité et la sécurité des femmes journalistes avec Norsk Journalistlag. En 2023, elle se forme au leadership inspirant avec le Pointman Leadership Institute. En 2024, elle s'initie au montage vidéo sur Adobe Premiere Pro avec l'Association Paroles d'Afrique.

Cette trajectoire dit quelque chose de profond sur la femme : elle refuse la stagnation. Elle veut comprendre les outils d'aujourd'hui pour mieux servir sa communauté demain. Dans le paysage des radios communautaires du Bénin, cette posture d'apprentissage continu est un exemple à suivre.

En famille, la force tranquille et l'amie sincère

Au-delà de la radio, au-delà de la vie professionnelle, il y a la femme, l'épouse, la mère de quatre filles. Et là encore, Hélène Gounou bouscule les conventions. Assidue et ponctuelle, comme le souligne Abdou Baki, elle se partage chaque jour entre les obligations de son foyer et l'accomplissement de ses tâches professionnelles, et elle le fait avec un sentiment de devoir accompli.

Son époux, Moussa Issiakou, ne tarit pas d'éloges. Souvent absent du domicile pour raisons de service, il confie que malgré son absence, la maison est gérée comme si le père de famille était présent. Aucune plainte des enfants, aucune difficulté signalée par les membres de la famille. Hélène sait exactement quand s'occuper de son travail professionnel, quand se consacrer aux enfants, quand être présente pour son époux et quand répondre aux sollicitations de sa belle-famille. Pour Moussa Issiakou, le mot revient comme un refrain : Hélène est « un modèle ».

Et ce n'est pas un vain mot. Dans un contexte social où les relations entre belles-familles sont souvent source de tensions, Hélène entretient des liens exemplaires avec les frères, sœurs, tantes, oncles et parents de son époux — à travers des appels réguliers, des visites et de petites attentions qui font toute la différence. On retrouve ici, dans l'intimité du foyer, la même philosophie que sa citation favorite : « L'argent de ton mari n'est pas à toi seule. » Le partage, toujours le partage.

Sa fille aînée, Gariya Jédida Moussa Sourokou, offre le témoignage le plus intime. Pour elle, sa mère est « la définition même de la force tranquille », ce pilier au caractère calme et posé, doté de cette capacité rare de garder la tête froide même dans les situations les plus difficiles. La famille a traversé des périodes financières compliquées, notamment lorsqu'un projet dans lequel travaillait son père est arrivé à son terme. Mais Hélène n'a jamais baissé les bras. Pour que ses filles ne manquent de rien, elle a entrepris de petites activités parallèles, vente de miel, d'épices d'assaisonnement, de piment en poudre, avec le même esprit d'initiative qu'elle déploie à la radio. Gariya Jédida le résume avec une image qui en dit long : quand l'argent du mois donné par le père était épuisé, c'est vers sa mère qu'elle se tournait naturellement. Hélène était, et reste, sa « banque ».

Mais elle n'est pas seulement la mère qui éduque et l'épouse qui accompagne. Elle est « l'amie sincère » de ses enfants et de son époux. Une relation fondée sur la confiance mutuelle, le dialogue et le respect, bien plus que sur la hiérarchie familiale traditionnelle. Pour sa fille, les mots atteignent un sommet d'admiration : « Ma mère est bien plus qu'une mère. Elle est ma reine, mon modèle. »

Hélène Gounou, « Yayi », est l'une de ces femmes qui font battre le cœur des radios communautaires du Bénin. Depuis près de dix-huit ans, elle porte Deeman Radio sur ses épaules, avec ses mains de caissière, sa voix d'animatrice, son cœur de mère et son courage de combattante. Ses collègues Bouko Tabe et Abdou Baki Mama Zakari voient en elle une source d'inspiration. Son époux Moussa Isiakou la qualifie simplement de « modèle ». Elle est, dans toute la force du terme, une Amazone du micro Communautaire.

"Les Amazones du Micro Communautaire" est une campagne de la FeRCAB, mettant en lumière les femmes qui font vivre les radios communautaires à travers le Bénin. Mars 2026. Réalisé par Gaston Yamaro, Responsable du Centre de Formation et de Coproduction. 

Acticles simialaires