« Amélie, c'est le travail, et surtout le travail bien fait. » — Un collègue de Radio Tado FM
Du vent dans le micro
Il y a une histoire qu'Amélie raconte en riant. L'histoire d'une stagiaire de vingt ans, toute fière, envoyée par le rédacteur en chef de Radio Univers pour couvrir un événement, son tout premier vrai reportage. On lui avait même glissé à l'oreille que Martin Assogba serait présent. Dans le petit monde des stagiaires, c'était une mission en or.
Elle y va. Elle fait l'interview. Elle rentre à la rédaction, rayonnante.
Et quand le rédacteur en chef ouvre le fichier sur l'ordinateur, il n'y a rien. Rien que du vent, littéralement. Le micro avait capté la brise, pas la voix. La colère du chef. Les cris. L'ordre de refaire l'élément, coûte que coûte, alors que l'événement est terminé et que l'invité a disparu dans Cotonou. Par chance, Amélie fréquentait la même église que la fille de l'interviewé. Un appel timide, une intercession, un rendez-vous arraché. Et Martin Asogba, après lui avoir rappelé la leçon, « Vous êtes quel genre de journaliste ? », a finalement accepté de refaire l'interview.
Aujourd'hui, cette anecdote la fait sourire. Mais elle porte en elle une vérité qu'Amélie n'a jamais oubliée : dans ce métier, il faut toujours vérifier son matériel, et surtout, ne jamais abandonner un élément.
Une voix venue d'ailleurs
Il y a une autre histoire, plus intime, que peu de gens connaissent. Amélie n'est pas née au Bénin. Elle est née au Gabon. Et quand elle a posé ses premiers pas dans une rédaction béninoise, elle portait avec elle un accent, celui de Libreville, de son enfance, de sa première langue parlée. Le jour où on lui a confié la présentation de son premier bulletin d'information à Radio Univers, un responsable l'a arrêtée net : « C'est quoi cette voix ? Changez-moi cette voix-là ! »
Comment change-t-on une voix ?
Amélie a essayé. Le soir, seule chez elle, elle répétait devant le mur. Elle imitait les intonations béninoises, les cadences du français de Cotonou, les accents qu'elle entendait autour d'elle. C'était compliqué, parfois absurde, souvent décourageant.
Puis le temps a fait son œuvre. L'accent gabonais s'est estompé, lentement, naturellement. Aujourd'hui, il a disparu. Mais l'histoire reste, comme un rappel que chaque voix a le droit d'exister, et que la persévérance transforme même ce qui semble impossible.
Quinze ans, cinq radios, un fil rouge
Le CV d'Amélie se lit comme une carte du Bénin. Radio Univers à Abomey-Calavi, Radio Trait d'Union à Bohicon, Radio Solidarité FM à Djougou, Radio Arzèkè à Parakou, et enfin Radio Tado FM — où elle est devenue, depuis décembre 2020, Cheffe des Programmes et Rédactrice en Cheffe Adjointe. Chaque station a été une école. À Djougou, elle a appris la rigueur éditoriale au point d'être nommée rédactrice en chef adjointe en moins de deux ans. À Parakou, elle a couvert des thématiques d'investigation. À Tado FM, elle a trouvé sa maison, et la radio a trouvé en elle un pilier.
Ce parcours, Angelo Kanklounon, son ancien camarade d'amphithéâtre à l'Université d'Abomey-Calavi, aujourd'hui responsable communication à l'Alliance de la société civile pour la nutrition au Bénin, le résume ainsi : « Amélie incarne une génération de femmes journalistes engagées, rigoureuses et profondément attachées à l'impact social de leur métier. »
Le travail comme signature
Henri S. Gnambode, rédacteur en chef de Radio Tado FM, la définit en trois mots : professionnalisme, humanisme, rigueur.
Professionnalisme, parce qu'Amélie ne livre jamais un travail à moitié fait. Rigueur, parce qu'elle l'exige d'elle-même avant de l'attendre des autres. Et humanisme, parce que derrière la journaliste exigeante, il y a une femme qui prend le temps de conseiller les stagiaires, de les encourager, de leur rappeler, surtout aux jeunes femmes, qu'il est possible de tenir bon dans un univers encore largement masculin.
Un autre collègue, Judicael Attakin confirme : « Elle rigole beaucoup, elle taquine beaucoup, mais elle se préoccupe à toujours donner le meilleur d'elle-même en tout et partout. »
Et ce meilleur, les jurys l'ont remarqué. Depuis 2015, Amélie a accumulé un palmarès rare pour une journaliste de radio communautaire : plus d'une quinzaine de prix nationaux et internationaux. Premier prix sur la coopération sino-béninoise en 2023 et 2024. Premier prix sur la Charte des bonnes pratiques. Deuxième prix national pour une production radiophonique sur le parcours des légumes sains, de la fourche à la fourchette. Prix d'investigation. Prix spécial genre. Prix Amazones des Médias.
Chaque distinction raconte la même chose : une journaliste qui transforme des enjeux complexes, nutrition, santé publique, gouvernance, environnement, en récits accessibles, utiles, proches des gens.
En dehors du studio
Il y a aussi l'Amélie que le micro ne capte pas. Celle que Mme Toukem Emmanuelle, cheffe du secrétariat particulier à l'Université Africaine de Développement Coopératif, a découverte sur un terrain de sport. Elles partagent le même club, le même poste au bureau de l'association. Et ce qui frappe, dit-elle, c'est le même tempérament qu'à la radio : « dynamique et rigoureuse », ferme dans ses décisions, surtout quand celles-ci touchent à la justice et à l'équité.
Et puis il y a le regard de sa sœur, peut-être le plus émouvant de tous :
« Ma sœur est une source d'inspiration pour moi et pour beaucoup de personnes. Elle a lancé son propre projet entrepreneurial malgré les doutes et les obstacles. Elle a travaillé jour et nuit. Aujourd'hui, son projet est un succès. Ce qui m'impressionne le plus chez elle, c'est sa capacité à ne jamais abandonner et à toujours croire en elle-même. Je suis très fière, je le dis du fond du cœur, de l'appeler ma sœur. », Huguette Zomadin.
Ce que porte une voix
Amélie ZONMADIN parle français, mina et fon. Elle a traversé le Bénin du sud au nord, changé de rédactions, changé d'accent, changé de statut, mais jamais de cap. Sa boussole est restée la même depuis ce jour où le vent a avalé son premier reportage : faire le travail, le faire bien, et ne jamais lâcher.
Aujourd'hui, depuis les studios de Radio Tado FM à Abomey-Calavi, elle continue de porter cette conviction, dans chaque bulletin, chaque reportage, chaque émission, que l'information est un service, que la rigueur est une forme de respect, et que la voix d'une femme dans un micro communautaire peut changer le cours des choses.
En ce mois de mars 2026, la campagne Les Amazones du micro Communautaire salue en Amélie ZONMADIN une professionnelle accomplie, une femme de convictions, et une voix qui, depuis quinze ans, n'a cessé de s'élever, pour informer, pour inspirer, pour bâtir.
Portrait réalisé dans le cadre de la campagne « Les Amazones du micro Communautaire» — Mars 2026 FeRCAB — Centre de Formation et de Coproduction (CFP) | YAMARO Gaston.