Nimatou Sanni Ogbon: derrière un micro, il y a le pouvoir de changer des vies

Nimatou Sanni Ogbon: derrière un micro, il y a le pouvoir de changer des vies
04 mars 2026
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Elle avait vingt-cinq ans lorsqu'elle est entrée dans la salle de rédaction de Radio SU TII SUA FM. Pas comme invitée. Pas comme stagiaire. Comme celle qui allait coordonner, organiser, décider. Quatre ans plus tard, Nimatou Sanni Ogbon n'a pas seulement tenu sa place : elle l'a élargie. À N'Dali, dans le Borgou, elle dirige une rédaction, forme des journalistes, et rappelle chaque jour que derrière un micro, il y a le pouvoir de changer des vies.

Le terrain comme première école

Née à Parakou, Nimatou grandit avec la certitude que la parole est un outil de transformation. Après un baccalauréat au CEG Guéma, elle choisit le journalisme et décroche une licence professionnelle à l'IRSBAC.COM. Mais c'est sur le terrain que tout commence vraiment. 

Dès 2018, elle entre comme collaboratrice bénévole à Deeman Radio, à Parakou. Puis enchaîne les stages à Kobourou Web Télévision et Golfe TV Africa. Chaque rédaction lui enseigne quelque chose : rédiger un script, monter un reportage, tenir un direct. Mais la leçon la plus dure, elle la reçoit un jour ordinaire, un enregistreur à la main, dans les rues de Parakou. 

Ce jour-là, encore stagiaire, on l'envoie réaliser son premier vox pop. Elle se présente, explique le sujet, tend le micro. Et les gens refusent. l'un après l'autre. « Non, on ne veut pas parler. » Certains estiment que cela ne changera rien. D'autres se détournent sans même un mot. Elle manque de pleurer. Elle se demande si elle est faite pour ce métier. Puis elle reprend son souffle. Elle aborde d'autres personnes, leur explique pourquoi leur parole compte, ce qu'elle peut changer. Une voix accepte. Puis deux. Puis d'autres. Ce jour-là, Nimatou n'apprend pas seulement à faire un micro-trottoir. Elle apprend que le journalisme, c'est d'abord la patience, l'humilité et la persévérance. Et que derrière chaque refus, il y a toujours une voix prête à parler.

À la barre de SU TII SUA FM

« Nimatou est une journaliste rigoureuse, engagée et profondément attachée à l'éthique professionnelle. Elle sait encadrer, orienter et motiver son équipe avec exigence mais aussi avec humanité. Au-delà de la professionnelle compétente, c'est une collègue loyale, constante et passionnée par la radio. Je suis fier de continuer à partager cette aventure professionnelle avec elle. »

Issifou OROU DJOUGOU, Chef Service Technique, SU TII SUA FM

En janvier 2022, elle arrive à Radio SU TII SUA FM à N'Dali comme journaliste et rédactrice en chef. À vingt-cinq ans, elle prend les rênes d'une équipe, organise les conférences de rédaction, valide les reportages, répartit les sujets. Pour une jeune femme, dans un environnement encore largement masculin, la tâche est immense. Mais ses collègues, eux, voient autre chose qu'une jeune recrue.

« Dès le premier jour, j'ai été marqué par l'amour du travail noté chez cette brave dame. Elle est ce genre de femme qui n'est jamais effrayée par l'ampleur d'aucune tâche. Infatigable et très méthodique. » Méschac DAOUDOU, Chef Programmes, Radio SU TII SUA FM

Issifou Orou Djougou, chef du service technique, travaille avec elle depuis plusieurs années. Il décrit une journaliste rigoureuse, profondément attachée à l'éthique, qui vérifie ses sources, structure ses contenus avec intelligence, et veille toujours à l'équilibre dans ses analyses. « Son sens de l'organisation et sa capacité à prendre des décisions justes renforcent la crédibilité et la qualité de notre rédaction », affirme-t-il.

Le directeur de la radio, François Orou Yorou, va plus loin. Il voit en elle l'incarnation d'un équilibre que beaucoup pensent impossible : celui entre les responsabilités familiales et les exigences professionnelles. Mère d'un enfant, Nimatou ne laisse rien au hasard, ni à la maison ni au studio.

« En tant que femme, elle incarne avec dignité la force, la rigueur et la persévérance. Son sens de responsabilités et sa disponibilité constante témoignent d'un dévouement sans faille. Elle fait preuve d'un admirable équilibre entre sa vie conjugale et sa carrière. Que son leadership continue d'ouvrir la voie à davantage de femmes dans les médias. »

François OROU YOROU, Directeur, Radio SU TII SUA FM

Le jour où tout a failli basculer

Un jour, une émission en direct est programmée avec un invité. Nimatou l'appelle le matin : confirmation. Elle le rappelle quarante-cinq minutes avant le direct : il rassure. Puis vingt minutes avant l'antenne, toujours personne. Dix minutes. Cinq minutes. Le studio est prêt, le sujet annoncé depuis des jours, et l'invité n'est pas là.

Elle tremble. La panique monte. Annuler est impensable. Alors elle prend une décision en quelques secondes : transformer l'émission en émission interactive, ouvrir l'antenne aux auditeurs. Les appels commencent à pleuvoir. Les témoignages affluent. L'émission devient plus riche, plus vivante, plus authentique que tout ce qui avait été prévu.

Ce soir-là, le stress s'est transformé en leçon de vie. Depuis, Nimatou ne monte plus jamais sur une antenne sans un plan B. « Ce jour-là, je n'avais pas prévu de plan B. Je n'ai plus jamais oublié ce qui s'est passé », confie-t-elle.

Quand une voix soulage un cœur

C'est peut-être le moment qui a tout changé. Un jour ordinaire, après une émission de société, Nimatou reçoit un message d'un auditeur. Les mots sont simples, directs :

« Madame, franchement, votre programme vient de me soulager. Grâce à votre émission, il y a beaucoup de choses qui vont changer dans ma vie quotidienne. Il y a des choses que je n'osais pas faire. Je crois que maintenant, je vais pouvoir oser. »

Ce message la bouleverse. Ce jour-là, elle comprend quelque chose de fondamental sur son métier : derrière un micro, on ne fait pas que parler. On déclenche des déclics, on ouvre des conversations, et parfois, on soulage des cœurs.

Pour Nimatou, la radio communautaire n'est pas un simple outil de diffusion. C'est un espace de libération. Un lieu où celles et ceux qui se taisent dans la vie peuvent trouver une voix qui parle pour eux, ou mieux, qui leur donne le courage de parler eux-mêmes.

Le chemin continue

Aujourd'hui, Nimatou continue de se former. En 2025, elle a suivi des formations sur l'intelligence artificielle appliquée au journalisme radio, sur le traitement de l'information en période électorale, et a participé aux deux éditions du Salon international de la radio et du numérique à Parakou. Elle maîtrise le montage audio sur Wavelab, le montage vidéo sur Adobe Premiere Pro, et travaille en français avec un socle en anglais.

Le directeur François Orou Yorou résume ce que beaucoup pensent tout bas : « Son engagement et son leadership continuent d'impacter positivement son environnement et d'ouvrir la voie à davantage de femmes dans les médias. »

Nimatou Sanni Ogbon n'a pas attendu qu'on lui fasse une place. Elle se l'est construite, micro en main, entre les conférences de rédaction et les émissions en direct, entre les refus sur le terrain et les messages d'auditeurs reconnaissants. À N'Dali, dans le Borgou, elle prouve chaque jour qu'une jeune femme peut diriger, innover et inspirer, sans rien sacrifier de ce qu'elle est.

« Je travaille depuis bientôt 5 ans avec Nimatou. Dès le premier jour, j'ai été marqué par l'amour du travail noté chez cette brave dame. Elle est ce genre de femme qui n'est jamais effrayée par l'ampleur d'aucune tâche à effectuer. Infatigable et très méthodique, c'est un honneur pour moi de l'avoir comme collaboratrice. »

Méschac DAOUDOU, Chef Programmes, Radio SU TII SUA FM, N'Dali

Portrait réalisé dans le cadre de la campagne "Les Amazones du micro Communautaire", Mars 2026, par Gaston Yamaro, Responsable du Centre de Formation et de Coproduction de la FeRCAB.

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