« Gysèle est une femme tenace, courageuse et intrépide, mais aussi profondément travailleuse, rigoureuse et persévérante. » — Un communicateur proche, sous couvert d'anonymat
Le journal qu'elle regardait de loin
Petite fille, Gysèle ZANNOU ne rêvait pas de tableaux de bord ni de fiches de paie. Elle rêvait de lumière. Celle des studios de la télévision nationale, où des femmes comme Annick Balley, paix à son âme, et Bertille Brun Kessou entraient dans les foyers béninois chaque soir, portant la nouvelle du monde avec élégance et autorité. Elle voulait être là. Derrière le micro. Face à la caméra. Dans cette posture qui transforme l'information en lien. Mais la vie, souvent, impose ses détours. Faute de moyens, Gysèle a rangé ce rêve dans un tiroir et pris la route des Ressources Humaines, Bac G1 au Lycée technique de Porto-Novo, puis CAP, DAP, BTS et enfin une Licence Professionnelle en Gestion des Ressources Humaines à l'Université Protestante de l'Afrique de l'Ouest. Un parcours complet, rigoureux, mené à son terme.
Et pourtant, le tiroir n'était jamais vraiment fermé.
Quand la nature vous envoie ce que vous aimez
« Quand vous aimez quelque chose, la nature vous l'envoie », dit Gysèle avec la tranquille assurance de celle qui en a fait l'expérience. En décembre 2013, une opportunité se présente : Radio Hosanna, la Voix de l'Espérance, à Porto-Novo, cherche une présentatrice d'émissions et du journal en langue goun. Gysèle postule. Elle est retenue.
Elle a alors une trentaine d'années, un diplôme de gestionnaire RH en poche, une expérience à DHL comme chef d'agence, un stage à la Chambre de Commerce et d'Industrie du Bénin, un autre à la COBENAM. Rien, a priori, ne la destinait au micro. Mais tout, en elle, l'y appelait depuis toujours.
Dès ses premiers pas dans la rédaction, elle comprend une chose essentielle : ce métier ne s'arrête jamais. Il faut apprendre au jour le jour.
Le mixage, ou la joie de celle qui ne s'arrête pas
Ce qui distingue Gysèle de beaucoup d'autres, ce n'est pas le talent, c'est la soif. La soif d'aller plus loin, de comprendre ce qu'on ne lui demandait pas de comprendre, de maîtriser ce qui n'était pas dans sa fiche de poste. Un jour, poussée par la curiosité, elle s'intéresse au traitement des éléments sonores. Son aîné Moïse Ezin, technicien de la station, lui montre les bases. Mais les bases ne lui suffisent pas. Gysèle creuse, essaie, échoue, recommence.
Jusqu'au jour où elle réussit son premier mixage complet, montage, effets sonores, rendu professionnel.
« Ce qui m'a le plus marqué ici, c'est le jour où j'ai réussi le mixage. J'étais très contente. »
Ce n'était pas un prix. Ce n'était pas une promotion. C'était quelque chose de plus profond : la preuve, pour elle-même, qu'elle pouvait dépasser ses propres limites.
Aujourd'hui, Gysèle traite ses éléments sonores de bout en bout, montage, effets, mixage, avec l'assurance d'une professionnelle qui a construit sa compétence brique par brique, sans raccourci.
Le premier prix qu'elle n'attendait pas
L'autre histoire qui a marqué le parcours de Gysèle tient en une leçon simple : fais bien ton travail, le reste suivra.
Lors d'une formation sur le théâtre radiophonique, les participants sont invités à produire des capsules de sensibilisation dans le cadre d'un atelier. En pleine production, on leur annonce que leurs créations feront l'objet d'un concours.
Gysèle ne change rien à sa méthode. Elle fait sa production en bonne et due forme, sans calcul, sans stratégie de victoire. Elle travaille, tout simplement, comme elle travaille toujours, avec soin et exigence.
Surprise : à la fin, c'est elle qui repart avec le premier prix.
Ce prix-là n'est pas un accident. Il est la conséquence logique d'une femme qui met la même intensité dans tout ce qu'elle entreprend, qu'on la regarde ou non.
Par la suite, d'autres reconnaissances viendront confirmer ce que ce premier trophée avait révélé. En mai 2022, elle est lauréate du 3ᵉ prix de la meilleure production radiophonique sur les communautés impactées au contact du DCC, dans le cadre du Projet ACCESS. Elle a aussi coproduit les émissions du Programme Redevabilité mis en œuvre par la FeRCAB en 2021 et 2022, et assuré la production et la locution en goun des émissions du Projet ACCESS sur Radio Hosanna.
Une professionnelle aux racines multiples
Ce qui rend Gysèle singulière, c'est qu'elle n'a pas abandonné sa première formation, elle l'a enrichie. Gestionnaire RH de métier, journaliste de vocation, elle navigue entre deux mondes avec une aisance qui force le respect.
À Radio Hosanna, elle ne se contente pas de présenter. Elle produit, elle localise en goun, elle traite le son, elle conçoit des contenus. Et en parallèle, elle a lancé DUNU LABEL, une entreprise de transformation agroalimentaire, gari amélioré, purée de tomate, épices, qui témoigne d'un esprit entrepreneurial que ni la radio ni les RH ne suffisent à contenir.
Elle maîtrise l'outil informatique, Word, Excel, PowerPoint, Publisher, le logiciel de traitement sonore WaveLab, et les outils de graphisme comme Canva. Elle est membre active de la CFU (Cellule des Femmes de l'Union des Professionnels des Médias du Bénin), et a participé à des formations sur la couverture électorale, le genre et le numérique, les droits humains, les terminologies de la redevabilité en langues nationales.
En somme, Gysèle est une femme qui accumule les compétences non pas pour le prestige, mais parce qu'elle croit, profondément, que le savoir est un outil de service.
Ce que les autres voient en elle
Ceux qui travaillent avec Gysèle depuis 2013 la décrivent avec des mots qui reviennent comme un refrain : tenace, courageuse, intrépide, travailleuse, rigoureuse, persévérante.
Un communicateur proche, qui a choisi de témoigner sous couvert d'anonymat, raconte : « Dès ses premiers pas dans le métier, elle a très vite démontré une capacité remarquable d'adaptation et un sens aigu de l'apprentissage. » Il souligne qu'elle s'est « progressivement imposée comme une professionnelle crédible et respectée », malgré une formation initiale éloignée du journalisme.
Et puis il y a cette phrase, qui résume peut-être tout : « Son parcours illustre parfaitement la force de caractère et la résilience dont font preuve de nombreuses femmes qui, par leur passion et leur abnégation, contribuent à enrichir et à dynamiser le paysage médiatique. »
Gysèle n'a pas suivi le chemin le plus court. Elle a suivi le chemin le plus vrai. Celui de la passion têtue, de l'apprentissage permanent, de l'humilité devant ceux qui savent, qu'ils soient ses aînés ou ses cadets.
« Je sais que j'ai encore un long chemin », dit-elle. « Mais je me réjouis déjà du peu et je ne cesse d'apprendre. »
En ce mois de mars 2026, la campagne Les Amazones des Voix Communautaires rend hommage à cette femme qui, un jour, regardait le journal télévisé avec des étoiles dans les yeux, et qui, aujourd'hui, est la voix que d'autres écoutent avec la même admiration.
Pour que d'autres jeunes femmes sachent que le rêve rangé dans un tiroir mérite toujours d'être rouvert.
Portrait réalisé dans le cadre de la campagne « Les Amazones des Voix Communautaires » — Mars 2026 FeRCAB — Centre de Formation et de Coproduction (CFP) | YAMARO Gaston.